Un management pathogène et meurtrier

La lettre de l’UGICT-CGT, editorial
En bonne logique, cet éditorial aurait du être consacré aux inégalités entre les femmes et les hommes au travail comme dans la vie.
A ce fameux plafond de verre qui bouche l’horizon de nombre de femmes qualifiées et en responsabilités.
Mais voilà, l’actualité encore une fois s’est faite plus dramatique et nous invite à ne pas passer sous silence trois suicides qui se sont déroulés la semaine dernière.
Trois cadres, l’un à la CPAM de Béziers, l’autre à La Poste à Rennes et le troisième à la Banque Populaire à la Roche-sur-Foron se sont donné la mort sur leur lieu de travail.

Deux d’entre eux ont laissé une lettre ou un courriel par lesquels ils accusent leur hiérarchie de les avoir détruits.
«Mon travail ne semble pas apprécié, je suis mis en cause dans mes activités », écrit Jérémy Buan, jeune cadre supérieur à la Poste. « Cela a engendré un manque de confiance terrible avec une anxiété permanente. Je préfère ne pas vivre dans un tel contexte opprimant», écrit-il dans cette lettre datée du jour de son suicide.
«J’ai tout pour être heureux, une femme aimante, une fille adorable… mais toute cette anxiété professionnelle a pris le pas sur ma vie privée», poursuit le message que le jeune père de famille a laissé chez lui.
« J’ai tenu à vous informer de mon geste, car il est la conséquence directe de l’enfer psychologique que je vis au quotidien depuis deux ans, que j’ai pourtant essayé de surmonter, de toutes mes forces, pour mon épouse et mes enfants, mais qu’aujourd’hui je n’arrive plus à assumer», a écrit Thierry Hainaut dans un ultime courriel envoyé depuis son bureau de la CPAM de Béziers où il s’est donné la mort le 29 février.
Il accuse son directeur départemental de lui avoir «pourri deux dernières années sans lui laisser la moindre chance de survie». «J’ai été tué professionnellement, détruit psychologiquement», ajoute-t-il. Thierry Hainaut n’a pas supporté le regroupement des caisses de Béziers et de Montpellier. Il avait été arrêté six mois en 2010 pour dépression.
Il n’est évidemment pas question pour les syndicats d’instrumentaliser ces suicides.
D’ailleurs, pétrifiés et abasourdis comme le sont les communautés de travail frappées par ces drames, les syndicats exigent avant tout de faire émerger la vérité tandis que les directions exigent de leurs collaborateurs qu’ils se taisent face à la presse. Quand elles ne peuvent plus mettre en doute l’origine professionnelle du geste fatal, les directions jurent qu’elles n’ont rien vu venir. On ne met pas fin à ses jours au travail sans que celui-ci soit indemne de toute responsabilité.
Et quand on parle de travail, on parle davantage des relations sociales délétères, du management « marche ou crève », des restructurations à la hache, des « cost-killers » chargés de vous pousser vers la porte.
Pour notre organisation syndicale, ces drames confirment l’urgence à en finir avec ces formes de management qui mettent les individus en compétition, qui les isolent dans le collectif de travail, qui leur font fouler au pied tout ce qui fait sens dans leur travail et dans celui des hommes et des femmes qu’ils ont la charge d’encadrer.

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